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Naufrage de Cutro

Trois ans après, le devoir de mémoire et de justice pour les exilés
2 mars 2026 par
KPAIN RODRIGUE


Naufrage de Cutro : 

Il y a trois ans, le 26 février 2023, les côtes de Cutro, en Calabre (Italie), étaient le théâtre de l’un des plus terribles drames migratoires de la décennie en Méditerranée. Ce jour-là, un canot de bois, parti de Turquie, s’est déchiré sur les rochers dans des conditions météorologiques désastreuses. Au moins 94 personnes ont perdu la vie, dont 35 enfants. Environ 80 rescapés ont réussi à rejoindre la rive, marqués à jamais par ce cauchemar .

Alors que cette date anniversaire est marquée par la douleur des familles, elle est également devenue un symbole des manquements politiques et opérationnels dans la gestion des secours en mer.

Un procès historique pour les défaillances des secours

Ce triste anniversaire intervient dans un contexte judiciaire brûlant. En janvier 2026, s’est ouvert à Crotone le procès de six officiers italiens (quatre de la garde des finances et deux des gardes-côtes) . Ils sont accusés d’homicide involontaire et de "naufrage par négligence".

Pourquoi ? Car malgré la détection du bateau par un avion de Frontex (l'agence européenne de surveillance des frontières) plus de quatre heures avant le drame, et malgré les conditions météo exécrables, les secours ne sont pas intervenus à temps. Le bateau envoyé par la police financière a fait demi-tour à cause de la mer agitée, et les informations cruciales n'ont pas été transmises aux gardes-côtes, qui disposent pourtant de navires plus robustes .

Pour les familles des victimes et les ONG comme SOS Humanity ou Mediterranea Saving Humans, ce procès ne vise pas seulement à punir des erreurs individuelles, mais aussi à mettre en lumière des politiques migratoires européennes qui criminalisent la solidarité et transforment la Méditerranée en tombeau .

2026 : La mer Méditerranée reste un cimetière à ciel ouvert

Le drame de Cutro n’est pas un fait divers isolé. En ce début d'année 2026, l'urgence est toujours là.

· Janvier 2026, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a été le mois de janvier le plus meurtrier en Méditerranée depuis plus d'une décennie, avec au moins 454 disparitions .
· Récemment, les tempêtes et notamment le cyclone Harry ont provoqué de nouvelles tragédies : 15 corps ont été retrouvés sur les côtes de Calabre et de Sicile, et plus de 50 personnes sont portées disparues au large de la Libye .
· Depuis 2014, on estime à plus de 34 000 le nombre de personnes mortes ou portées disparues en Méditerranée centrale .

Face à ce bilan, les appels se multiplient pour un changement de paradigme : il ne s'agit plus seulement de secourir, mais de créer des voies migratoires légales et sûres pour empêcher les exilés de devoir confier leur vie à des passeurs et à des embarcations de fortune.

La position de CŒUR D’IVOIRE : L'humain d'abord

Chez CŒUR D’IVOIRE, nous connaissons les réalités de la migration. Nous voyons les visages derrière les chiffres. Derrière chaque statistique de Cutro, il y avait des pères, des mères, des enfants, des rêves. Des Afghans, des Iraniens, des Pakistanais, des Somaliens et des Syriens, fuyant la guerre et la misère, qui cherchaient simplement une vie meilleure .

En ce 26 février 2026, nous nous inclinons devant la mémoire des 94 disparus de Cutro et devant toutes les vies englouties en Méditerranée. Nous réaffirmons notre engagement à soutenir les migrants, à lutter contre les préjugés, et à exiger des politiques migratoires plus humaines. Comme le disait le Pape François, priant pour ce naufrage il y a trois ans, nous devons garder "le cœur ouvert" face à la détresse de nos frères et sœurs .

Se souvenir, c'est déjà agir. Ne les oublions pas.